Le sacré et le profane – Mircea Eliade

Un passage de ma dernière lecture..

La femme est donc mystiquement solidarisée avec la Terre ; l’enfantement se présente comme une variante, à l’échelle humaine, de la fertilité tellurique. Toutes les expériences religieuses en relation avec la fécondité et la naissance ont une structure cosmique. La sacralité de la femme dépend de la sainteté de la Terre. La fécondité féminine a un modèle cosmique : celle de la Terra Mater, la Genitrix universelle.
Dans certaines religions, la Terre-Mère est imaginée capable de concevoir toute seule, sans l’aide d’un parèdre. On retrouve encore les traces de telles idées archaïques dans les mythes de parthénogenèse des déesses méditerranéennes. Selon Hésiode, Gaïa (la Terre) enfanta Ouranos « un être égal à elle-même, capable de la couvrir toute entière ». D’autres déesses grecques aussi ont enfanté sans l’aide des dieux. C’est une expression mythique de l’autosuffisance et de la fécondité de la Terre-Mère. A de telles conceptions mythiques correspondent les croyances relatives à la fécondité spontanée de la femme et à ses pouvoirs magico-religieux occultes qui exercent une influence décisive sur la vie des plantes. Le phénomène social et culturel connu sous le nom de « matriarcat » se rattache à la découverte de la culture des plantes alimentaires par la femme.C’est la femme qui cultiva, la première, les plantes alimentaires. C’est elle qui naturellement devient la propriétaire du sol et des récoltes. Les pratiques magico-religieux et, par voie de conséquences, la prédominance sociale de la femme ont un modèle cosmique : la figure de la Terre-Mère. Dans d’autres religions, la création cosmique ou, du moins, son achèvement est le résultat d’une hiérogamie entre le Dieu-Ciel et la Terre-Mère.

Pour un peu plus de détail : « Le sacré et le profane constituent deux modalités d’être dans le monde, deux situations existentielles assumées par l’homme au long de son histoire. Ces modes d’être dans le Monde n’intéressent pas uniquement l’histoire des religions ou la sociologie, ils ne constituent pas uniquement l’objet d’études historiques, sociologiques, ethnologiques. En dernière instance, les modes d’être sacré et profane dépendent des différentes positions que l’homme a conquises dans le Cosmos ; ils intéressent aussi bien le philosophe que tout chercheur désireux de connaître les dimensions possibles de l’existence humaine. »

Mircea Eliade, Le sacré et le profane (Das Heilige und das Profane), 1957.

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